L’EIST au collège

Vous avez peut-être déja entendu parler de l’EIST.
Après les itinéraires de découverte (IDD), l’Enseignement intégré des sciences et de la technologie (EIST) a fait son apparition depuis quelques années déjà du moins en métropole.
Voici un article paru sur la revue du café pédagogique qui nous éclaire sur ce récent dispositif.

Qu’est ce que l’EIST ? (présentation officielle)

L’enseignement intégré de science et technologie (EIST) en sixième et cinquième est expérimenté depuis 2006. Il permet de mettre en œuvre la démarche d’investigation caractéristique des pratiques scientifiques et technologiques et favorise le décloisonnement entre disciplines. Les expérimentations à l’École reposent sur l’article 34 de la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’École du 23 avril 2005. L’EIST repose sur l’observation, le questionnement et l’expérimentation. Ce dispositif associe les disciplines scientifiques expérimentales (sciences physique et chimique et sciences de la vie et de la Terre) à la technologie. L’EIST vise plusieurs objectifs : stimuler la curiosité et développer le goût des sciences des élèves ; faciliter la transition entre l’école élémentaire et le collège ;donner une cohérence entre les disciplines scientifiques et technologiques, pratiquer la démarche d’investigation telle qu’elle est inscrite dans les nouveaux programmes de sciences.
L’EIST répond aux objectifs du socle commun de connaissances et de compétences : il s’inscrit dans le respect des programmes nationaux.
Entre 2006 et 2010, les évaluations croisées du ministère de l’Éducation nationale et de l’Institut national de recherche pédagogique (INRP) ont montré la pertinence de cet enseignement.

Quelle est la répartition de l’EIST en France ?

Des équipes d’enseignants ont répondu plus favorablement dans certaines académies que dans d’autres.
Quels peuvent être les freins à la mise en place de l’EIST ?
L’EIST touche à l’organisation du collège et complexifie, en particulier, l’emploi du temps de l’établissement ce qui peut inquiéter ! C’est aussi une évolution de trois disciplines ce qui provoque des interrogations voire des craintes de la part de certains enseignants très investis dans leur matière.
Qu’est ce qui pourrait faciliter sa mise en place ?
L’EIST était sans doute trop « dirigé » à l’origine, en 2006, avec un cahier des charges assez stricte et sans réelle liberté d’action, l’information ne circulant que dans un seul sens du haut (instructions officielles) vers le bas (les établissements) et pas assez dans l’autre sens. Il serait souhaitable que ce système acquière plus de souplesse pour devenir un véritable espace d’expérimentation avec des remontées permettant à l’EIST d’évoluer.

Que faut-il faire pour favoriser l’EIST ?

Il est nécessaire d’obtenir une convergence entre un groupe d’enseignants et le chef d’établissement ce qui permet d’obtenir les conditions nécessaires à la mise en place de l’EIST, en particulier la dotation horaire indispensable à son bon fonctionnement. L’enseignement de l’EIST en groupes restreints ou du moins avec des temps de travail en petits groupes est bien adapté pour permettre d’atteindre pleinement les différents objectifs propres à cet enseignement. Un temps de concertation entre les enseignants est indispensable. Les enseignants doivent être soutenus et reconnus. Il est souhaitable que les équipes éducatives pensent plus en termes de formation de l’élève que d’acquisition de savoirs disciplinaires et recherchent une plus grande efficacité de l’apprentissage. L’écart entre ce qu’attendent les enseignants de leurs élèves en termes d’acquisition de savoirs et de savoirs-faire et ce qu’ils obtiennent peut être important. Quelques questions à poser aux élèves permettent de mesurer cet écart : Qu’avez-vous aimé ? Qu’avez-vous retenu ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées ? Quels conseils donneriez-vous à votre professeur ? Deux réactions sont possibles de la part des enseignants : ne rien changer ou se poser la question de ce qui pourrait être fait. L’EIST est probablement une des réponses à cette question.

L’après EIST ?

L’EIST a sa place en 6ème, voire en 5ème, mais cet enseignement semble plus difficile à concevoir et à organiser en 4ème ou en 3ème , en raison de la difficulté croissante des notions dans chaque matière, ce qui pourrait mettre en difficulté certains collègues dans les disciplines qui ne sont pas les leurs. Plus on avance dans la scolarité plus les notions sont pointues et plus elles ont besoin d’être individualisées et enseignées par un expert de chaque matière.
Mais si l’EIST n’était qu’une première étape et que d’autres disciplines rejoignaient cette expérimentation ! Des lycées de type finlandais ont déjà une organisation proche de celle qui pourrait être mise en place dans les collèges comme l’enseignement disciplinaire le matin et interdisciplinaire, sous la forme de projets, l’après midi. L’important c’est de respecter l’horaire annuel de chaque discipline, mais il faut sans doute quitter l’emploi du temps qui se répète semaine après semaine. Pourquoi ne pas alterner trois semaines avec peu de sciences avec une semaine réservée en grande partie à l’enseignement scientifique, en un mot, « innover ».

Que peut apporter l’EIST aux élèves ?

L’Enseignement Intégré des Sciences et Technologie permet de donner plus de sens à l’enseignement scientifique, en ne cloisonnant pas l’analyse d’une situation concrète en fonction des disciplines SVT, PC ou Technologie. Cet enseignement donne plus de cohérence aux savoirs et savoir-faire de chaque discipline.

Quel est le profil de « l’enseignant d’EIST » ?

L’enseignement de l’EIST est basé sur le volontariat ; il ne doit pas être vécu comme une contrainte et les professeurs concernés doivent avoir envie de s’y investir. Ces enseignants doivent accepter de travailler ensemble et différemment, de partager, d’harmoniser leurs pratiques tout en apportant leur spécificité. Cet enseignement nécessite de prendre du temps pour une ouverture sur le travail des collègues. Il ne s’agit plus d’enseigner spécifiquement les svt, la physique ou la techno mais de proposer un enseignement intégré de sciences et technologie. L’enseignant de SVT n’est pas amené à enseigner de la technologie et des sciences physiques mais de l’enseignement intégré des sciences et technologie. Les 3 disciplines ne sont plus forcément identifiables en tant que telles. C’est le prolongement en 6e de l’état indifférencié de l’école. Chaque enseignant reste un expert disciplinaire dans la mesure où il fait comprendre l’approche spécifique de sa discipline a ses collègues.

L’EIST est-il bien intégré dans la démarche du socle commun des connaissances ?

Dans l’EIST, la largeur du champ facilite la démarche d’investigation, l’approche par tâches complexes. Les élèves partent de leurs interrogations sur des situations ancrées dans le réel, le concret. Ils s’interrogent sur un « objet » et doivent découvrir qu’ils ont besoin de connaissances et « compétences » dans chaque discipline pour le comprendre dans sa globalité. Ils devront expérimenter pour acquérir les savoirs et savoir faire du socle commun des connaissances. Cela permet notamment de développer des compétences transversales. En outre, certains objectifs du socle sont tout à fait dans l’esprit spécifique de l’EIST, comme par exemple « comprendre le lien entre sciences et applications technologiques ».

Comment se déroulent les visites et les inspections en cours d’EIST ?

Une inspection est tout à fait possible lors de l’enseignement d’EIST, généralement en accord avec l’enseignant. De simples observations sont également possibles, en complément d’une visite dans un cours plus « classique ». Il peut être intéressant de pratiquer une observation « collective » pour croiser les regards sur cet enseignement, et enrichir l’entretien pédagogique avec l’équipe concernée. Dans tous les cas, c’est l’entretien pédagogique qui donne tout son sens aux observations réalisées.
Quelques remarques apportées par des enseignants d’EIST volontaires :
La dynamique de classe se trouve renforcée, les élèves semble très motivés car l’approche est très naturelle. Au début, ils ne se posent pas des questions de SVT, de techno ou de PC, mais des questions tout simplement. En fait, cela leur permet de découvrir peu à peu ce que sont ces différentes disciplines (SVT, OC, Technologie), au fur et à mesure du travail et ainsi d’appréhender peu à peu la spécificité de chacune.
Les enseignants sont globalement satisfaits même s’ils reconnaissent que cela leur demande un gros travail, notamment la première année ;
Le travail en équipe est bénéfique, il renforce la cohérence des discours et des approches et permet d’éviter des erreurs (erreur qu’un enseignant d’une discipline peut parfois faire lorsqu’il manipule des notions ou des approches d’une autre discipline).
La majorité des enseignants qui ont expérimenté l’EIST ne souhaitent pas revenir en arrière.
L’EIST peut-il être généralisé prochainement ?
A ce jour il n’y pas d’informations permettant de répondre à cette question.

Autres informations :

L’avis de l’APBG (Association des Professeurs de Biologie Géologie)

L’APBG réaffirme le rôle incontournable que joue chaque discipline dans l’appropriation de la culture commune : ce sont les complémentarités des approches et des contenus des différentes disciplines qui donnent aussi du sens aux savoirs.
Leur croisement dans des travaux interdisciplinaires exigeants contribue à donner du sens aux apprentissages, mais ne peut être efficace que s’il est assuré par des enseignants volontaires qui n’enseignent que leurs disciplines.
Or l’expérimentation de « l’Enseignement Intégré de Science et Technologie » au collège effectuée par le Ministre tourne le dos à une telle approche. Elle doit être abandonnée. L’APBG ne souhaite pas un enseignement des Sciences et technologies avec un seul professeur. L’exemple le plus frappant est la Grande Bretagne qui est en train de faire marche arrière sur cette voie devant les résultats catastrophiques pour la jeunesse et de revenir à un enseignement plus disciplinaire.
Par contre l’APBG est pour un travail en équipe où chacun apporte sa spécificité comme dans les travaux personnels encadrés mais non une pseudo polyvalence qui a conduit à l’abandon des PEGC. Il faut aussi dénoncer la déqualification des enseignants qui est le corollaire de l’EIST.
Or les annonces faites à propos du « plan Science » pour le collège ne portent que sur une augmentation de l’expérimentation de l’EIST. Les expériences déjà faites dans les quelques dizaines de collège et celles prévues avec « le plan Science » sont totalement faussées puisque les élèves travaillent en groupes restreints sur tout l’horaire élève et les professeurs ont des heures de concertation. De ce fait, le coût devient très important avec un enseignement dispensé par les différents professeurs, mais il est « diminué » par la suppression de deux enseignants et la réduction d’horaire global.
Il faut ajouter qu’actuellement tous les groupes restreints pour des travaux pratiques dans les disciplines expérimentales et en technologie sont supprimés. Les enseignants travaillent en classes entières qui peuvent souvent dépasser 30 élèves suite à la suppression des postes dans près de 8000 collèges. (Paris le 16 janvier 2011)

Mise à jour :
1er mai 2014

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